Benedicte Ramade

  • Avec ce numéro 107, la revue Espace inaugure un nouveau format, logo et design. Pour marquer le coup, le dossier « Re-penser la sculpture? » propose de se questionner sur ce que veut dire la pratique de ce medium aujourd'hui. Après un bref historique de la sculpture depuis les années 1960-1970, certaines propositions d'artistes (Tatiana Trouvé, Guillaume Leblon, Thea Djordjaze) sont interrogées dans leur rapport au concept de « champ élargi » avancé par Rosalind Krauss. La question de l'ombre projetée en sculpture (Tim Noble & Sue Webster, Mac Adams, mounir fatmi), trop peu souvent analysée, est aussi investiguée, ainsi que le travail d'artistes de la jeune génération (Francis Arguin, Chloé Desjardins, Dominic Papillon), caractérisé par une esthétique de la répétition.

  • Ciel variable numéro 97 nous présente une « Galerie de portraits » bien particulière. En effet, que peuvent bien avoir en commun les portraits de ces gens ici rassemblés (gitans, mineurs, aristocrates, modèles, noctambules...), si ce n'est que les moyens mis en oeuvre par les photographes leur confèrent une certaine dignité? Les trois artistes présentés ici - Pierre Gonnord, Christian Tagliavini, Gabriel Coutu-Dumont - sont aussi unis par une démarche singulière : le croisement de références et de savoir-faire photographiques et picturaux qui s'incarne dans les clairs-obscurs, les cadrages, les poses, les textures et le drapé des vêtements, les ports de tête et, par-dessus tout, les regards. Reposant sur une grande maîtrise des moyens, le travail de ces artistes témoigne d'un regard aigu et sensible sur la multiplicité des existences.

  • Ciel variable numéro 93 présente un dossier spécial, dirigé par Vincent Lavoie, portant sur la pratique et les enjeux de la preuve médico-légale dans le champ des arts visuels. Des oeuvres aux sujets parfois surprenants : traitement des prisonniers à la prison d'Abu Ghraib (Errol Morris), reconstitution de scènes de crimes (Corinne May Botz), archives judiciaires (Emmanuelle Léonard), recréation d'échantillons d'ADN (Paul Vanouse), scènes filmées par la police (William E. Jones), erreurs judiciaires (Taryn Simon) et analyses météorologiques (Phil Chadwick). Également dans ce numéro, un article de Jean-François Nadeau sur les Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie (2012) et un entretien avec Joan Fontcurberta sur les enjeux de l'image photographique à l'ère du Web 2.0.

  • En géologie, le concept de stratification renvoie à l'idée d'un processus au cours duquel des sédiments s'accumulent en couches, pour éventuellement former des ensembles sédimentaires plus ou moins hétérogènes, mais qui n'en demeurent pas moins des unités de sens à part entière. Ainsi en va-t-il de certaines images, dont la compréhension suppose un effeuillage des différentes strates de signes qui les constituent. À ce titre, les séries Scarti d'Adam Broomberg et Oliver Chanarin, Copperheads de Moyra Davey ainsi que les Études préparatoires de Marc-Antoine K. Phaneuf, auxquelles Ciel variable consacre la section thématique de ce numéro, ont ceci en commun qu'elles sont le fruit de processus de stratification. Ces oeuvres permettent d'apprécier comment l'ajout de signes peut modifier, enrichir ou court-circuiter la nature et le sens d'une image.

  • Le visage : un grand classique de l'art depuis toujours. En buste ou en portrait, il a longtemps exprimé un certain idéal de l'être humain; il introduit également le rapport au monde, à l'autre, le vis-à-vis. Cet automne, Espace place tous ces Visages au centre des pratiques et perspectives en art actuel. Nous en découvrons de nouvelles optiques et de nouvelles lectures de l'identité, telles que les figures expressives du Franz Xaver Messerschmidt, le masque autochtone, l'égoportrait ou la surveillance de la biométrie. Hors dossier, Jérôme Delgado revient sur l'exposition protéiforme Peut mieux faire, basée sur un matériau imposé, le cahier d'exercices Canada Hilroy. Alain-Martin Richard nous présente Les Attracteurs, trente-six graciles sculptures de bronze installées dans le quartier Saint-Roch à Québec. Magnifiquement illustrée et bilingue, la revue propose également de nombreux comptes rendus de livres et d'expositions, allant de Montréal à Sherbrooke en passant par Bruxelles et Helsinki.

  • Le dossier de ce numéro s'intéresse au phénomène de la rénovation que certaines pratiques artistiques abordent, et qui est aussi vécu en marge des activités artistiques par les artistes ou par les lieux de diffusion. Il appert d'abord que nombre d'oeuvres se rattachent au champ de la rénovation par leurs usages comme tel de matériaux et d'outils, mais également en recourant à des dispositifs qui mettent l'accent sur le bâti, la construction, l'élaboration de chantiers ou la mise en chantier de processus. Dans cette perspective, nous nous sommes intéressés à des textes qui analysent des corpus d'oeuvres où, sur le plan réel ou métaphorique, des opérations de (re)construction sont en cause et où il est question de rebâtir.

  • Le numéro hivernal de la revue Ciel variable s'articule autour d'expérimentations chromatiques dans la pratique de Yann Pocreau, Jessica Eaton et Bert Danckaert. De la manipulation de la lumière (par filtration, combinaison, diffraction) jusqu'au travail sur ses surfaces d'inscription (pellicules, papiers photo, surfaces murales) en passant par le repérage de compositions picturales dans les rues de la ville, un espace d'exploration s'ouvre pour la photographie autour des diverses manifestations de la couleur. Il en résulte des images qui mettent en question nos perceptions. Le référent de ces travaux est souvent la peinture abstraite et sa longue tradition d'expérimentation, mais le réel aussi comporte sa part d'ambiguïté perceptuelle quant à l'impact des couleurs. On retrouvera également dans ce numéro des articles de fond sur l'exposition récente de Marisa Portolese au Musée McCord et la dernière édition des Rencontres Internationales de la Photographie en Gaspésie de même qu'une réévaluation de l'exposition Camerart, présentée à la galerie Optica en 1974.

  • La mort ou la disparition des animaux soulèvent aujourd'hui des enjeux scientifiques, éthiques, juridiques, politiques, sanitaires, affectifs et économiques cruciaux. Conditions d'abattage des animaux d'élevage, dénonciation de la surpêche, introduction de la notion de sensibilité animale dans les textes juridiques, émotion suscitée par le « meurtre » d'un rhinocéros dans un zoo français afin de dérober sa corne ou encore par l'agonie d'ours polaires victimes du réchauffement climatique... il ne se passe pas un jour sans que s'impose dans le débat public et les médias l'idée que nous serions confrontés à un véritable « problème animal », aux échelles d'individus singuliers comme d'espèces entières. L'une des raisons des sensibilités actuelles à la condition animale est certainement le caractère inédit et parfois irréversible des pressions (et des oppressions) que les sociétés contemporaines, industrialisées, urbanisées, globalisées et technicisées font peser sur le vivant.

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