Alain Ruscio

  • Dans cette somme exceptionnelle, Alain Ruscio propose une lecture érudite et accessible des actions et positions du communisme face à la question coloniale en Algérie. S'appuyant sur une quantité remarquable de documents, il nous permet d'appréhender cette question méconnue de manière dépassionnée, tout en restituant les faits selon leur chronologie propre.
    C'est un paradoxe : l'histoire du communisme reste aujourd'hui encore, alors que ce mouvement n'a plus dans la vie politique ni le poids ni la force d'attraction d'antan, un objet de controverses à nul autre pareil, en " pour " et en " contre ". Cet état d'esprit atteint un paroxysme lorsqu'il s'agit d'évoquer les actions et analyses du communisme - français et algérien - face à la question coloniale en Algérie, des origines dans les années 1920 à la guerre d'indépendance (1954-1962). Et s'il était temps, écrit Alain Ruscio, de sortir des invectives ?
    C'est l'ambition de cette somme exceptionnelle, qui propose une plongée dans les méandres - le mot s'impose - des politiques communistes des deux côtés de la Méditerranée (PCF et PCA) durant plus de quatre décennies. Des tout premiers temps, lorsque le jeune parti commençait à s'affirmer et tentait de briser le consensus colonial, aux tempêtes de la guerre d'Algérie, en passant par les espoirs et illusions du Front populaire. Les relations avec le nationalisme algérien, qui ne furent jamais simples, sont finement analysées, avec le récit d'un grand nombre d'épisodes ignorés ou mal connus et l'évocation de parcours de multiples acteurs, qui donne chair à cette saga.
    Novateur, l'ouvrage d'Alain Ruscio ne l'est pas seulement par son esprit. L'historien a utilisé tous les fonds d'archives spécialisés, dont ceux du PCF, désormais accessibles, révélant des documents totalement nouveaux. On découvrira, au fil des pages, non pas une ligne politique, mais une succession, et parfois une cohabitation, de logiques et de pratiques.

  • Pour des centaines de milliers d'Européens qui ont naguère vécu en Algérie, l'idéalisation du passé s'est transformée en une " nostalgérie ", beau mot chargé de mélancolie. Mais le drame commence lorsqu'on constate qu'une seule famille politique française, celle des anciens de l'Organisation armée secrète (OAS) et de leurs héritiers, l'a malhonnêtement et durablement instrumentalisée. Non contents d'avoir mené toute une communauté à l'impasse puis à l'exil, les " ultras " de l'Algérie française ont tenté, depuis, d'accaparer sa mémoire. Et ils y sont en partie parvenus.
    Ces hommes ont fait le choix, à partir de février 1961, d'enclencher en toute connaissance de cause une incroyable spirale de violence terroriste, en Algérie comme en France. Alain Ruscio propose dans ce livre un récit synthétique des racines et de l'histoire de ce tragique épisode, ainsi que de ses séquelles contemporaines. Mobilisant un impressionnant corpus documentaire - dont beaucoup de Mémoires d'anciens de l'OAS -, l'auteur retrace la dérive de ces officiers à l'idéal patriotique dévoyé, militants fascisants et petits malfrats transformés en assassins, qui ont eu l'incroyable prétention de " bloquer l'histoire ", comme l'avait écrit Pierre Nora dès 1961. Enfin, Alain Ruscio explique comment et pourquoi la mémoire brûlante de ces années de folie meurtrière travaille toujours, de façon souterraine, la société française.
    Ce livre est une précieuse réponse à l'un des derniers négationnismes que véhicule encore une certaine histoire coloniale " à la française ".

  • L´engagement de L´Humanité contre la guerre colonialiste en Algérie lui valut un déferlement de procès, de censures, de saisies de la part des gouvernements successifs pendant huit ans, quelle que fût leur couleur, de droite ou socialiste. Saisi à 27 reprises, le quotidien fera l´objet de 150 poursuites.



    La première saisie de L´Humanité remonte au 24 août 1955. Le journaliste, ancien déporté de Buchenwald, est déclaré persona non grata et expulsé d´Algérie.



    Ceux qui n´ont pas connu cette époque auront du mal à imaginer la frénésie ayant alors saisi les autorités politiques et militaires en place. La cascade de saisies qui s´abattit sur L´Humanité s´accompagna régulièrement d´amendes au montant faramineux. Ainsi, du numéro en date du 7 mars 1961 sorti une nouvelle fois avec une page blanche, marquée en son centre de ce seul mot : « Censuré. »À l´origine de la saisie, un article de Madeleine Riffaud sur les tortures pratiquées à Paris même, en particulier dans les locaux du commissariat de la Goutte-d´Or, dans le XVIIIe arrondissement.



    Cette boulimie d´interdictions provoque parfois des effets contraires à ceux visés. Ainsi, lorsque L´Humanité est saisi pour la huitième fois, le 30 juillet 1957, pour la publication d´une lettre de l´ancien directeur d´Alger républicain, Henri Alleg, emprisonné et torturé dans l´immeuble d´El-Biar, la censure contribua-t-elle à amplifier l´émotion dans l´opinion.



    Une page noire de la liberté de la presse en France.

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