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Call me Baby - L’intégrale

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Editions Addictives | | Fiche technique
9,99 €
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Résumé

Extrait

1. Milliardaire cherche nanny

Mr X recherche une nourrice à temps plein pour prendre en charge sa fille de 2 ans.

Cette mission consistera à veiller méticuleusement sur l’enfant, sa santé, sa sécurité et son bien-être.

Expérience significative exigée.

Lieu : Mayfair, Londres.

Rémunération : attractive, en fonction du profil.

Personnes irresponsables, susceptibles ou indiscrètes, s’abstenir.

Je fais claquer mes talons jusqu’au salon en tirant sur le col de mon tailleur strict. Pas franchement confortable, mais comme le disait ma mère : « Avoir fière allure, ça se mérite. » Je m’inspecte quelques secondes dans le grand miroir fixé au mur, rajoute un peu de rouge cerise sur mes lèvres, place quelques mèches blondes derrière mes oreilles, puis réalise enfin que je ne suis pas seule. Mon sosie aux cheveux noir corbeau – en short en jean et débardeur imprimé tête de loup – m’observe, assise en tailleur, à même le parquet.

– Sid, oublie ce foutu entretien. Tu n’as pas l’expérience demandée, ils vont te recaler direct ! Tu t’apprêtes à perdre deux heures de ta vie ! Et de la mienne. On est censées ranger tout ce bordel, soupire Joe en s’attaquant – au cutter – à un innocent carton qui avait le malheur de traîner là.

– Ils ont reçu mon CV et accepté de me rencontrer, c’est tout ce qui compte. Ah, et deux mots magiques : « rémunération attractive ».

Je lui décoche l’un de mes sourires les plus agaçants, elle me balance une Converse trouée – qui manque de justesse mon visage.

– Je te parie que tu vas t’enfuir au bout de dix minutes ! La mioche va faire un caprice parce que sa nouvelle dînette n’est pas incrustée de diamants mais de Swarovski, sa mère maniaco-dépressive va s’enfiler une poignée de Lexomil en douce, pendant que Mr X – encore un vieux beau qui te fera les yeux doux – tendra un billet de 100 à sa petite princesse. C’est tout ce qu’il aura trouvé pour la faire taire… Ça marche aussi avec « Môman », d’ailleurs, ça coûte cher, la cure botox, champagne et antidépresseurs…

– Qu’est-ce qui te fait croire que ce Mr X est richissime ?

– À ton avis, Einstein ? Mayfair, ça t’inspire quoi à part le fric, le fric et encore le fric ?

– Ça tombe bien, c’est justement pour le fric que j’ai postulé. Parce que ce n’est pas avec ton boulot de barmaid à mi-temps qu’on va payer le loyer… On a suffisamment galéré avant de trouver cet appart' tout juste médiocre. J’ai eu ma dose d’hôtels miteux et d'auberges de jeunesse crasseuses, je ne compte pas me faire expulser le mois prochain ! Compris, Coyote Girl ?

– Ouais, bon, je m’incline, rit-elle de sa voix grave. Va vendre ton âme, je gère les cartons.

Je promène mon regard aux quatre coins du salon. Un cimetière. Tous les cartons qui se trouvaient à sa portée ont fini éventrés. Je ne donne pas cher des autres…

Joséphine. Ma sœur jumelle. La délicatesse incarnée.

Je m’engouffre dans le métro – ou underground, version british – un quart d’heure plus tard et constate immédiatement que je fais tache. Mon tailleur étouffant et moi, nous nous creusons une petite place au milieu des Londoniens en tenues estivales et des touristes aux casquettes vissées sur la tête. Il fait une chaleur écrasante en ce début juillet, je rêverais d’être en terrasse, en train de siroter un soda bien frais dans une robe bain de soleil. Mauvaise pioche. Je suis dans un costume de clown triste, pressée contre un mur dans cette rame bondée, entourée de gens dont la politesse et l’hygiène ne semblent pas être des priorités. Et je m’apprête à baiser les pieds d’un certain Mr X, à sourire niaisement à une petite peste, juste pour empocher un job dont j’ai désespérément besoin. Mais qui ne m’enchante guère.

Quitter Paris, la pire idée que j’ai jamais eue ? Non, c’était vital.

Bienvenue dans le quartier le plus recherché, le plus élitiste de Londres. La case la plus chère du Monopoly anglais. Bordé par Hyde Park à l’ouest et l’ultra-tendance West End à l’est, sa situation est plus qu’idéale. C’est en tout cas ce que radote le vieux Guide vert Michelin des années 1990 qui traîne sur ma table de nuit.

Après avoir écrabouillé une demi-douzaine de pieds en m’extirpant du wagon, je sors à l’air libre, essoufflée, les joues cramoisies, mais ravie. Depuis mon arrivée au Royaume-Uni, un mois plus tôt, je ne me suis jamais promenée dans ce quartier à mes heures perdues. Ma sœur et moi, nous nous sommes cantonnées aux coins plus populaires – et plus adaptés à nos goûts modestes – tels que Camden Town ou Soho. C’était une erreur.

Sur mon petit bout de trottoir, je lève la tête et contemple mon environnement. Coup de foudre instantané – ce n’est pas mon genre, pourtant. Le ravissement coule dans mes veines. Tout ce que je prends le temps d’observer semble avoir été préservé dans un écrin de velours. Ici, pas de pubs sinistres ou de boîtes bruyantes, mais des bars à vin au charme désuet et des fumoirs intimistes. Les restaurants se veulent discrets mais subtilement décadents, les façades d’immeubles rivalisent de beauté et les rues sont d’une propreté éclatante.

Et ce sourire qui traîne nonchalamment sur toutes les lèvres…

Un coup d’œil à ma montre et je dégringole de mon nuage. Dans six minutes, il sera 15 heures. Dans sept minutes, le job me passera sous le nez. J’accélère le pas sur Bond Street, admirant sans m’arrêter les boutiques de luxe qui se suivent et ne se ressemblent pas – du moins, pas toutes. Chanel, Prada, Miu Miu, Cartier, Alexander McQueen, Louis Vuitton... Joe avait probablement raison. À moins d’habiter dans un studio insalubre et situé au dernier sous-sol, il faut être millionnaire pour se payer le luxe d’être propriétaire, par ici. Et ce constat ne me dit rien qui vaille. Je n’ai rien contre les gens riches, mais je préfère ne pas avoir à leur rendre de comptes. Surtout quand leurs moyens dépassent l’entendement. Et le PIB d’un petit pays.

Pense à ton salaire, pense à ton salaire, pense à ton…

Rue : St George Street. Numéro : 30. Étage : pas indiqué. Je comprends vite pourquoi. Mr X n’habite pas dans un appartement, comme le commun des mortels, mais dans une sublime maison victorienne à quatre niveaux. Une « townhouse », comme disent les Londoniens – avec une pointe de jalousie dans la voix.

14 h 59. Je tente de redescendre en température et fais une rapide vérification : tenue professionnelle – coiffure irréprochable – haleine fraîche. Tentée de faire demi-tour, je sonne précipitamment pour que ce ne soit plus une option. Face à cette porte probablement centenaire, je patiente en prenant la pause. Dos droit, tête haute, jambes serrées, mains jointes devant moi, posées sur mon petit attaché-case. La parfaite potiche. Pardon, nanny.

D’abord, je ne distingue que sa chevelure d’un blanc immaculé, comme on en voit rarement. Mes yeux descendent et rencontrent les siens, plissés, d’un bleu profond. Puis je m’arrête sur sa bouche pincée et délicatement ridée. Cette femme doit avoir une soixantaine d’années, peut-être plus et mériterait de figurer sur un tableau de maître. Son visage est marqué, mais ses yeux, eux, ont gardé la fougue, l’impétuosité de sa jeunesse. Mon cœur se serre alors que des images de ma mère défilent dans mon esprit.

– Quand vous aurez terminé de me détailler sous toutes les coutures, vous me ferez le plaisir d’entrer ? me demande sèchement mon interlocutrice.

Même son accent, sa voix sont d’une distinction incroyable... et froide.

Je la suis silencieusement jusqu’à un petit salon cossu, situé à l’entrée de la demeure, et m’assieds dans le fauteuil qu’elle me désigne. Je me sens toute petite, subitement. Je réponds à chacune de ses questions pendant presque une demi-heure, sans jamais savoir si mes réponses lui conviennent ou non. Par chance, je maîtrise parfaitement l’anglais – même si mon accent français trahit mes origines. L’Anglaise ne sourit pas, ne hausse pas le ton, se contente de m’interroger sans relâche en prenant quelques notes. Puis elle se lève et je l’imite. À ce stade, je ne sais toujours rien d’elle. Je m’attends à être mise à la porte, mais elle prend la direction inverse : les escaliers.

L’ancien et le moderne font bon ménage, j’en ai la preuve incontestable. Si l’extérieur de la townhouse était impressionnant, l’intérieur est saisissant. Je trottine derrière la Reine des Glaces – en manquant plusieurs fois de lui rentrer dedans – et tente de ne rien louper du décor sur mon chemin. Les grands espaces de vie, la très belle hauteur sous plafond, la décoration épurée mais design, ce que je devine être une salle multimédia, sur ma droite, puis une salle de sports, sur ma gauche. Les murs clairs et la lumière qui traverse les larges fenêtres contrebalancent les notes plus sombres du mobilier. Nous n’avons pas encore traversé tout le premier étage, j’ai l’impression d’arpenter les couloirs interminables d’un château. Ici et là, les plantes, fleurs, sculptures et tableaux abstraits ajoutent de la couleur à l’ensemble, apportant à cette maison une âme, une impression de vie et d’unité.

Finalement, la femme s’immobilise devant une grande porte blanche, derrière laquelle je perçois des pleurs. Elle pose la main sur la poignée et se retourne vers moi.

– Mon nom est Imogen Price. J’étais la nanny de Birdie jusque-là, mais ma santé ne me permet plus d’assumer cette responsabilité. Reste à savoir si vous, Miss Merlin, vous en serez capable. Vous avez une heure pour me prouver que vous êtes à la hauteur.

– Vous ne comptez pas me laisser observer d’abord ? Pour que je sache comment tout fonctionne et pour ne pas effrayer la petite ? paniqué-je à moitié.

– Non, ce serait une perte de temps. Vous êtes mise à l’épreuve, aujourd’hui, et Birdie est le meilleur test qui soit. Bon courage…

Imogen ouvre une première porte et m’invite à pénétrer dans la pièce. Pas de doute, l’enfant qui habite entre ces quatre murs ne manque de rien. À part d’une nanny dotée d’un cœur et d’un certain sens de l’humour, semble-t-il. Mes yeux survolent la moquette impeccable – que je devine ultra-douce et moelleuse, rien qu’au regard –, se posent sur les photos en noir et blanc et les illustrations colorées accrochées aux murs, puis sur les piles de jouets.

– Mr X a dévalisé un Toys'R'Us ? lâché-je bêtement, en tentant de faire sourire Mrs Price.

Échec cuisant. Elle lève les yeux au ciel, puis se rend jusqu’à la porte suivante. La petite voix aiguë de Birdie est de plus en plus audible – ou insupportable, question de point de vue.

– Sa sieste est maintenant terminée, reprend l’ex-nounou. Vous allez la changer, lui donner son goûter et jouer avec elle. Soyez attentive, ne laissez rien au hasard ou vous pourrez dire adieu à ce poste.

– Entendu, dis-je, peu rassurée.

– Miss Merlin, j’ai oublié de vous demander votre âge…

– Appelez-moi Sidonie, je vous en prie, souris-je avant de croiser son regard noir. Hum, j’ai 25 ans.

– C’est bien ce qui me semblait… soupire-t-elle en ouvrant enfin cette fichue porte.

Birdie ne pleure plus, elle hurle. Si cette mise en scène est un test de compatibilité, c’est raté. J’avance dans sa direction, en lui parlant d’une voix douce et apaisante. Rien n’y fait. Les joues de la petite rouquine à bouclettes sont de plus en plus rouges, ses cris de plus en plus perçants. Debout dans son lit, elle s’accroche aux barreaux, la bouche grande ouverte. Je lui tends les bras, elle monte encore d’une octave. Finalement, une idée surgit dans ma tête : je m’empare de son doudou – un lapin poilu et… humide à force d’être mâchouillé – et l’agite sous ses yeux. Les pleurs cessent, mais la petite mal lunée me défie maintenant du regard. Ses yeux marron – presque noirs – m’ordonnent de lui rendre sa peluche ou cela sera fini pour moi. Je capitule, elle gazouille gaiement et accepte enfin que je la sorte du lit. À peine dans mes bras, elle éternue violemment, me faisant gracieusement cadeau de sa morve. Derrière moi, Imogen ne rate rien du spectacle. C’est la première fois que je discerne un sourire sur son visage…

Attention à vous, Imogen. Cette substance gluante dans mon cou, j’en ai largement pour deux…

La suite du test n’est pas plus glorieuse, loin de là. Un caprice au moment du changement de couche – je découvre qu’elle a mangé des carottes à midi. Des hurlements au moment du goûter – et la quasi-totalité de la compote dans mes cheveux. Une bataille de cubes – en bois, bien durs, aux angles pointus – avec pour cible… mon nez.

Deux ans… L’âge terrible.

Après avoir tout répertorié dans son petit calepin, Imogen m’annonce que l’heure est terminée. Je lui tends le petit monstre, qui se jette dans les bras de son ancienne nounou, puis lui dis que ce n’est pas la peine de me raccompagner. Je connais le chemin. Et l’issue de cet entretien.

Ça n’aurait pas pu se passer plus mal. Quoi que… personne n’a été blessé. Si ce n’est mon nez… Espérons que Joe pourra me trouver un boulot.

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9791025717271

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Informations

Titre Call me Baby - L’intégrale
Auteur
Editeur Editions Addictives
Date de publication 1 novembre 2014
Catégorie Romance contemporaine
Langue FR
Date de livraison Immédiat (à partir de la date de publication)

Droits numériques

Ean EPUB 9791025717271
Type de protection Adobe DRM
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