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Marcel Pagnol - Duetto

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Nouvelles Lectures | | Fiche technique
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Résumé

Extrait

La grande simplicité de Marcel Pagnol m’a sauté aux yeux dès l’enfance. Dans les années 1960, quand on habitait à Nice, on avait droit à deux chaînes de télévision : celle de l’ORTF, comme tous les Français, avec en plus TMC réservée aux Méridionaux. En ce temps-là, on ne pataugeait pas dans les images du matin au soir. Il n’y avait pas des jeux vidéo hyperviolents qui incitent des âmes perdues sans collier à préférer la mort des autres à leur propre vie. C’est sur l’écran cathodique de chez ma grand-mère maternelle que j’ai découvert Marius et César. Je n’ai pas été dépaysé du tout. La langue avec l’accent ça me parle même si à Nice il est moins prononcé qu’à Marseille mais tout aussi chantant. Je ne supporte pas les gens qui se moquent des accents. J'assimile cette critique à de la xénophobie interrégionale. La moquerie vient souvent des Parisiens qui se croient toujours supérieurs au reste de la France. Si l’on doit parler d’accent, celui de Paris est horripilant avec son côté pointu plein de prétention. Dans le Midi, on a au moins un oiseau au fond de la gorge. Rien n’est plus méprisant que de voir un Parigot imiter un Méridional. De surcroît, l’imitation parisienne est pleine de morgue culturelle, comme si les Marseillais et les Azuréens étaient des déficients intellectuels, bons qu’à boire du Pastis et à jouer à la pétanque. Ceux qui n’ont jamais mis les pieds à Nice et surtout qui sont hermétiques à sa poésie pourtant si évidente, parlent toujours avec mépris de Nissa la Bella, de son carnaval et de sa salade niçoise.

Rien ne me semblait vieux dans ces films de 1931 et 1936. Je voyais bien qu’il s’agissait de théâtre filmé. J’avais une dizaine d’années quand je les ai découverts. Le noir et blanc ne me dérangeait pas. Les acteurs de Pagnol me renvoyaient tous aux clients du bar de mon père. Un bar familial, sans truand. Rien qu’avec des amis qui parlaient du boulot, sur les chantiers ou à la Compagnie des Eaux, du tiercé ou de pétanque. Chez Pagnol, on s’appelait Marius, César, Panisse et Monsieur Brun. Chez mon père, ils s’appelaient Marcel, Cyril, Narcisse et Monsieur Martin. Marcel c’était papa qui portait le même prénom que celui de l’écrivain. Non pas pour lui rendre hommage mais tout simplement parce que le nouveau-né était venu au monde le 16 janvier 1923, le jour de la Saint-Marcel. Autrefois, on ne cherchait pas à épater la galerie, on se fiait aux saints du calendrier. Dieu merci, chez nous, les garçons se prénomment Marcel, Lucien, Charles, Lucie, Jean-Luc, Bernard et non pas Kévin, Johnny ou Brad.

Le cinéma de Pagnol n’a rien d’exotique. Quand on est natif du Midi, le pittoresque n’existe pas dans les histoires qui reproduisent l’univers de Marseille ou de Nice. Ce que je voyais sur l’écran c’était la même vie qu’il y avait dans le bar du col de Villefranche, sur les hauteurs de Nice. Il portait bien son nom : Le Bellevue. Un panorama qui embrassait toute la Baie des Anges, avec le bras, tout éclairé le soir, de la Promenade des Anglais. Une constellation d’étoiles formée par la guirlande des lampadaires, de l’aéroport au port. Un bras qui semble contenir la Méditerranée. Au premier plan, on voit la colline du Château et toutes les tuiles rouges des toits des maisons de Riquier au Vieux Nice. Le quartier du col de Villefranche n’existait pas au début du XXe siècle. Il s’est créé entre les deux guerres grâce à mon grand-père paternel qui y a ouvert un restaurant à la bonne franquette. Les gens montaient de Nice pour manger un pan-bagnat, délicieux pain rond contenant des tomates, du thon, du céleri, des anchois, des févettes, des radis, de l’ail et cébettes. Le tout arrosé d’huile d’olive et de vinaigre. Mon père conserva le pan-bagnat mais transforma le restaurant en bar. Sans le savoir il inventa le concept du drugstore. Au col de Villefranche, il y a une église. Je l’ai vue sortir de terre, sous mes yeux d’adolescent. Elle a été construite par tous les habitants dont la plupart étaient des Italiens. Le temps a passé : le 14 juillet 2016, on a laissé un assassin massacrer une centaine de personnes au volant d’un camion, sur la Promenade des Anglais, là où Jean Vigo tourna À propos de Nice, là où je faisais de la trottinette. Mon berceau natal est plein de sang.

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9782374240367

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Informations

Titre Marcel Pagnol - Duetto
Auteur
Editeur Nouvelles Lectures
Date de publication 20 octobre 2016
Catégorie Biographies et mémoires
Langue FR
Date de livraison Immédiat (à partir de la date de publication)

Droits numériques

Ean EPUB 9782374240367
Type de protection Aucune
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