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Bessel ou le rêve brisé

de

Coédition NENA/abis éditions | | Fiche technique
3,49 €
Format EPUB | Digital watermarking (En savoir plus sur les formats)
Téléchargement immédiat | Lecture multi-support

Résumé

Extrait

Wataya

Le cœur et l’esprit de Gidado étaient possédés par les vers du poème de Victor Hugo écrit pour sa fille Léopoldine, en mil huit cent quarante-sept. Pendant que son compagnon d’infortune dormait à poings fermés, le père de Wataya déclamait à haute voix le célèbre poème. C’était sa seule richesse, la seule chose qui le maintenait encore en vie. Saradu avait tout fait pour le divertir, l’entraîner vers d’autres sujets, mais en vain. Ses yeux asséchés, enfoncés dans leur orbite, fixaient inlassablement le plafond de la cellule colonisé par des toiles d’araignées.

Il ne se rappelait plus le nombre d’heures, de jours, de semaines, de mois ou d’années passés dans cette caverne paléolithique. Pour lui, vivre n’avait plus de sens. Dans sa tête, le vide complet ou presque. Il avait tout oublié sauf les événements de ce fameux vendredi du mois de février au lycée de Nokkuyel.

Ce jour-là, dans la grande salle de conférence de l’établissement, le conseil présidé par le proviseur Babaali Sambi, se réunissait pour les délibérations du premier semestre. Ce dernier rappela en guise d’introduction que cette année aussi avait été très perturbée par les grèves perlées, déclenchées à la même période par les élèves du lycée. Puis, il insista sur le comportement peu déontologique de certains jeunes professeurs.

Soudain, un homme vêtu d’un paletot noir, armé d’un pistolet à trois balles, fit irruption dans la salle et se mit à vociférer des menaces.

– Où es-tu, maudit professeur? Montre-toi, espèce de…

C’était Gidado, ivre de haine et de mépris. Il tira deux coups en direction de la table où étaient assis Naomi Tanduba et le proviseur du lycée. Ce dernier atteint au-dessus de l’abdomen tomba raide mort. Madame Tanduba fut grièvement blessée. On se bouscula dans la salle de conférence. Certains professeurs comme le bedonnant Sajoo Sokono tentèrent de se sauver par les fenêtres. La cour du lycée fut envahie par des élèves, des parents et une foule de badauds :

– Ce n’est pas possible! Ce n’est pas possible! C’est le père de Wataya! Pourquoi a-t-il agi ainsi?

– La ilaha ilala1!

– Un homme doux et calme!

– Que le destin est cruel!

Entre temps, les sapeurs-pompiers furent alertés. Ils transportèrent les corps à l’hôpital. Gidado se livra sans problèmes aux gendarmes qui le menottèrent. Déféré au parquet, il avait tout de suite plaidé coupable. Quand le président du tribunal l’appela à la barre, il se contenta de lui tendre un petit papier froissé enfoui au fond de la poche droite de son pantalon.

Le magistrat le déplia et le lut à haute voix : « Papa, j’ai choisi le suicide parce que je ne pourrai plus jamais te regarder dans les yeux… J’ai été violée par mon professeur de….. »

Le message s’arrêtait là. La salle d’audience du tribunal départemental était pleine à craquer. On eut du mal à calmer la foule.

Au bout de quelques minutes, l’audience reprit. Le magistrat interrogea Gidado :

– Pourquoi n’avez-vous pas cherché le professeur responsable de l’acte de viol au lieu de tirer comme un fou sur des innocents?

– Monsieur le président, je parle d’un bourreau qui a ruiné ma vie. Dès le début de cette affaire, j’ai rencontré le proviseur, le corps professoral, l’association des parents d’élèves et porté plainte contre X. Et comme la société a tardé à jouer son rôle, j’ai moi-même décidé d’agir. Je ne regrette rien car ce geste ne compense même pas la disparition de ma fille.

En effet, Wataya était toute sa vie, son unique raison de vivre. Après plusieurs avortements que certaines femmes de Nokkuyel attribuaient à un mauvais génie, Bonoto sa femme jouissait enfin du bonheur de porter un enfant sur son dos, nid de tendresse.

Un baptême somptueux fut organisé et pour conjurer le mauvais sort, l’enfant porta le nom de Wataya.

Wataya faisait la fierté de ses parents car durant tout le cycle élémentaire, elle était première de sa classe. Elle n’avait que deux passions : les études et la lecture. Son père, fou d’elle ne militait que pour offrir à sa fille unique un bonheur total.

Il avait aménagé dans sa chambre une petite bibliothèque où on pouvait trouver de petits romans, des contes, des albums, des documentaires et même deux exemplaires du coran et de la bible. Sur une table circulaire, tout juste derrière la porte de la chambre, brillait un ordinateur que Wataya manipulait, après ses exercices scolaires. Gidado souhaitait pour sa fille chérie un avenir brillant et prometteur.

Tard dans la nuit, pendant que son compagnon de cellule ronflait comme un taureau égorgé, Gidado méditait.

Il ne comprenait pas pourquoi le destin avait été si cruel avec lui l’ascète, qui pour la réussite de sa fille unique, avait renoncé à tout ce qui pouvait faire le bonheur de l’homme sur terre.

Il ne réalisait toujours pas ce qui avait poussé un éducateur, un formateur, un façonneur de consciences à commettre un acte aussi odieux. L’enseignant, n’est-il pas un semeur d’humanité investi d’une mission divine, béni par tout un peuple et porteur des espoirs de son pays?

Pourquoi la société, au lieu de punir sévèrement les coupables de tels actes, applique souvent la fameuse loi du silence?

Au petit matin, Gidado enfin vaincu par le sommeil emporta dans ses rêves ses questions sans réponses.

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9782370150370

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Informations

Titre Bessel ou le rêve brisé
Auteur
Editeur Coédition NENA/abis éditions
Date de publication 1 janvier 2013
Catégorie Littérature française
Langue FR
Date de livraison Immédiat (à partir de la date de publication)

Droits numériques

Ean EPUB 9782370150370
Type de protection Digital watermarking
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